L'effeuillage burlesque, venez comme vous êtes

L'effeuillage burlesque, venez comme vous êtes

L’effeuillage burlesque, le déshabillé féministe.

Si tu écarquilles déjà les mirettes à cette annonce, prends le temps de lire la suite, le milieu du burlesque n’a pas fini de tétonner (comme ça j’ai déjà balancé la vanne la plus attendue, continuons).

Les prémices de l’effeuillage burlesque commencent à Paris en 1894, avec Blanche Cavelli. Son spectacle “Le Coucher d’Yvette” représente une femme se languissant de son mari, et se déshabillant au fur et à mesure, pour finir complètement nue devant un public aux bouches bien bées. Suscitant fascination et scandale, son show fermera alors la salle, l’actuel Divan du Monde, pendant un an (tout le monde s’y pressait mais ça collait pas avec le moeurs de l’époque, aaah l’hypocrisie, quel fléau).

Strip-tease, burlesque, new-burlesque... ça dit quoi ?

Déjà, si pour le Larousse, le strip-tease n’est que le terme familier de l’effeuillage, il y a pourtant des différences notoires pour les personnes du milieu. Emilie Loison explique cette différence quant à l’art de se déshabiller en alliant les codes du glamour, de la comédie et de la danse, en choisissant un personnage ou une histoire à raconter, en opposition avec le strip qui est une danse pour susciter l’excitation. Pour Juliette Dragon, la différence se situe dans l’oeil de celui qui regarde en quelques sortes : lors d’un spectacle de burlesque, le show s’adresse à un public de spectateurs, lors d’un show de strip-tease, il s’adresse à des clients. Et pour Dita Von Teese, la femme s’offrirait en pâture aux hommes dans le strip-tease, alors qu’elle se montre en pleine possession de sa sexualité avec le burlesque (l’argument est discutable, Dita n’étant pas non plus la voix de la raison, mais le propos est ainsi). Les effeuilleuses/effeuilleurs se disent alors être là pour s’amuser, amuser, raconter une histoire, présenter un personnage, et non pour éveiller la sexualité du public.

Et pour le burlesque et le new-burlesque alors, elle est où la diff ?

Pour Juliette Dragon, le burlesque date effectivement des années 1890, comprenant des numéros qui faisaient partis des grands Music Hall et cabarets, accompagnés par des acrobates et des danseurs. A partir des années 90/2000 strip-teaseuse et gogo-danceuses se sont appropriées l’univers et l’ont repris pour leurs représentations, c’est la naissance du new burlesque. Mmmh mais du coup, si c’est les strip-teaseuses qui donnent naissance au new burlesque, on peut p’têtre se réintérroger sur la différence entre le strip et l’effeuillage… Larousse, il est temps de te re-pencher sur le thème parce qu’on a un peu de mal à saisir le contraste. BREF PASSONS.

Secrets d’Histoire, here is the Stéphane Bern from P&P,

Toute la dimension comique du terme burlesque provient de l’italien et du latin, “Burla” signifiant “la farce”. Aujourd’hui, un show burlesque se comprend comme l’art de s’effeuiller (et d’avoir une collection infinie de caches-tétons super cool à pampilles, à paillettes, en coeur, en strass et en bonbon).

Le spectacle burlesque se développe considérablement après la Première Guerre Mondiale, pendant les années folles. A cette époque, beaucoup de femmes vont voir dans la pratique de leur nudité un acte politique revendicatif. Hommes et fils morts à la guerre et contraintes à travailler pour vivre, elles reprennent doucement le contrôle de leur foyer, de leur vie, et de leur corps. “Je ne suis pas qu’un utérus dispo pour mon chum, capable d’être malade 9 mois pour le plaisir de ces messieurs, voyons voir ce que je peux faire avec cette plastique spectaculaire”, c’est parti ma soeur, à toi de te libérer !

Alors, les femmes osent, elles font du sport, elles conduisent, elles bossent et elles se déshabillent. Si une d’entres-elles pouvaient représenter les revendications féministes de l’époque c’est notre grande Colette. Ecrivaine hors pair, bisexuelle et strip-teaseuse, elle revendique son corps et sa possession de celui-ci. Etre glamour, sexy et montrer son corps sur scène ne délaissent pas d’intelligence, et ne te demande pas de correspondre aux canons de beauté qu’on te vend tous les jours chez Zara et compagnie.

Depuis quelques années, on retrouve 3 look principaux dans les spectacles de burlesque traditionnels, le victorien (corsets, voilettes et autres accessoires) , la mode des années folles (cheveux courts, sans corset, robes à franges…) ou le look orientaliste (à cette époque, il est inspiré des colonies), et enfin, la Pin-Up. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le burlesque traverse les océans et se développe aux Etats-Unis, la célèbre Pin-Up des années 40 fait alors son apparition. Le new burlesque reprendra particulièrement ces trois looks, en se diversifiant un peu à chaque prestation.

La pin-up, c’est cette femme dessinée ou photographiée, dans une pose impossible à tenir plus de 20 secondes (non, je n’essaye pas de justifier mon manque de souplesse), et terriblement sexy. Peu vêtue, l’expression anglo-saxonne “pin-up girl” se traduirait alors par “fille épinglée au mur”, ce qui confirme son statut de représentation érotique très agréable à regarder (s’il on s’arrête à l’image, bien entendu). Souriante et provocante sans être vulgaire, c’est le sex-symbol indémodable des sociétés occidentales.

A la fin des années 60, l’industrie pornographique vient mettre un STOMP (plus fort qu’un “stop”, c’est un peu comme quand tu te prends une porte dans le front, pour être polie) au strip-tease. Puisque l’on peut voir plus, pourquoi se contenter de moins ? Alors le burlesque s’enterre, jusque dans les années 90, où les gogo-danseuses viennent l’arracher de sa tombe, on voit alors apparaître notre fameux new-burlesque (en super forme, les asticots refusant sûrement de le déguster si vite, cimer les mecs).

D’ailleurs ce week-end, on était au salon Pin-Up Rétro Burlesque de Lille, la preuve qu’il survit vachement bien pour un frère parti trop tôt.

Féminisme et acceptation de soi

Comme annoncé plus haut, les gogo se réapproprient les codes du sexy, mais pour le fun, avec un côté revendicatif. C’est drôle, affriolant, souvent engagé politiquement avec un côté punk et généralement représenté par des corps hors des normes. Pas besoin d’être blanche et de faire du 34, bienvenue aux vergetures, aux fesses larges, aux peaux sombres, aux mètres 60, aux côtes saillantes, aux 90E et au bidou qui gigottent : tout est dans l’assurance et tu vas tout niquer.

Juliette Dragon, qu’on a énoncé tout à l’heure, est artiste professionnelle du spectacle vivant depuis 1993, elle endosse à la fois le rôle de danseuse, performeuse, comédienne, strip-teaseuse, punk et féministe. Elle est à l’origine, entre autre, de l’Ecole des Filles de Joie, qui t’apprend la gym, la danse et l’effeuillage burlesque, de 18 à 70 ans ! Elle voit dans les prestations burlesques, une façon de jouer avec toutes les facettes que représente l’être en tant que tel (puisqu’elle ne pense pas qu’il y ait d’homme ou de femme, “il y a des femmes très masculines, il y a des garçons très féminins. On peut tout à fait être transgenre, être au milieu et changer selon l’humeur.”) Juliette prône alors un féminisme extrêmement large et libertaire, “sois bien comme tu es, ose être multiple, c’est pas parce que t’es sexy que t’es stupide. (...) Il faut sortir des clichés restrictifs et contraignants pour exploser toutes les petites cases, et savoir qui on est soi-même en tant que femme.”

Le milieu du burlesque ne répond alors à aucun canon de beauté, comme le souligne encore Minnie Valentine, performeuse burlesque. Tu peux apprendre quelques bases pour époustoufler un petit auditoire, mais apprivoiser et explorer ton corps se fait grâce aux écoles de burlesques. Chacun.e apprend des un.es et des autes, précise Minnie. C’est un espace de liberté artistique sans fin, qui permet à chacun de trouver sa place. Dans ce milieu, le fait qu’il n’y ait pas de mensurations idéales décomplexe beaucoup, c’est un phénomène libérateur. Feu les carcans imposés dans ton Cosmopolitan avec ses articles et ses pub culpabilisatrices.

Le burlesque libère en cassant les codes, en permettant de multiples possibilités d’être soi. Il t’apprend à t’accepter mais surtout à te sentir bien dans ton corps. Être sexy ne se résume pas à ta plastique mais à comment tu l’intègres, comment tu l’assumes et comment tu la revendiques. Juliette croit en une réelle sororité, que l’on retrouve dans le milieu burlesque, “Moi, je crois qu’on peut avoir une super sexualité, être brillante dans son boulot et avoir plein de copines, parce qu’on n’est pas obligées de toutes être rivales comme ces pétasses d’hétérosexuelles mal dans leur peau”. Alors laisse tomber ta petite critique de la pause dej, sur la taille des mollets de ta collègue pour oublier que tu complexes sur tes hanches, et viens t’inscrire au cabaret burlesque. Ose explorer ta féminité, te l’approprier et l’imposer comme énième élément de toute la beauté que représente la diversité du corps féminin (et masculin !)

Si je t’ai donné envie de te lancer dans des shows privés ou en grand comité, on a tout plein d’accessoires, de caches-tétons, d’éventails et de cravaches (et plus encore), dans les autres onglets :)

Je te laisse sur un classique, j’ai un entretien au Crazy Horse (ils cherchent une stagiaire en compta).

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